mercredi, 20 novembre 2019 14:59

La grotte militaire de Diébougou

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Au Burkina Faso, dans la région du sud-ouest, se trouve la localité de Diébougou. L’histoire de cette ville laisse entendre que les colons français y sont arrivés à la fin du XIXème  siècle, avec le Traité signé entre le Roi de Diébougou et la France en 1897. C’est dans cette ville que se trouve l’un des plus remarquables sites touristiques du Burkina Faso : la grotte militaire de Diébougou.

La grotte militaire de Diébougou est l’un des vestiges de la « Haute-Volta coloniale » qui sont encore très mal connus. Déjà sur la question des circonstances de la création de cette grotte, les sources restent discordantes. Une première source situe la période à l’époque de la pacification de la région par l’armée française. Les français ayant alors du mal à venir à bout des archers Lobis, auraient fait creuser cette grotte afin de s’y abriter. Cette hypothèse supposerait que ladite grotte aurait vu le jour avant ou concomitamment avec le Traité signé par le Roi de Diébougou.

Une autre version de l’histoire voudrait que la grotte remonte à la première guerre mondiale. Pour se protéger des allemands, l’armée coloniale aurait fait creuser cette grotte afin de s’y abriter avec les habitants de la ville. Si on en croit cette version, la région était déjà pacifiée au moment où il a fallu creuser cette grotte. Aussi, l’armée française aurait fait les choses de sorte à également prendre soin de ses administrés.

La troisième version situe l’apparition de cette grotte au début de la seconde guerre mondiale. Toujours dans le but de se protéger, les soldats français, loyaux au Régime de Vichy du Maréchal Pétain, auraient imaginé cet édifice afin de résister aux troupes de la résistance française (sous les ordres du Général de Gaulles) et leurs alliés britanniques basés en Gold-Coast. La grotte devait permettre de résister à un siège et contenir les assaillants jusqu’à l’arrivée des renforts. Quoiqu’il en soit, tout le monde s’accorde pour dire que c’est l’œuvre des populations locales sous la conduite (contraignante) de l’armée coloniale française. Mais le facteur le plus remarquable dans l’histoire de cette grotte, c’est son « architecture ».

Plutôt que « creusée », le terme qui convient le mieux ici est « taillée » ; en effet, la grotte a été taillée dans une colline située dans l’ouest de la ville de Diébougou. A l’extérieur, la première chose qu’on rencontre est une tranchée creusée autour de la grotte (quand on sait que la première guerre mondiale a été fortement caractérisée par les tranchées que les soldats creusaient pour s’y positionner, celle-ci tend à corroborer la version 2 des origines de la grotte).

 

Figure 1 et 2: vues de la tranchée

Puis, lorsqu’on franchit la tranchée, commence la grotte et ses galeries ; un ensemble de tunnels très élaborés et creusés pour perdre et désorienter les assaillants qui s’y infiltreraient. Aujourd’hui encore, le risque de se perdre en visitant cette grotte sans un guide expérimenté et quelques mesures de sécurité demeure réel. Les soldats français pouvaient alors piéger les ennemis trop intrépides à l’intérieur, ou s’enfuir par d’autres ouvertures, au cas où le besoin s’en ferait sentir.

 

Figure 3 et 4: L'entrée de la grotte et Place centrale des galeries vue de haut

Au bout de ces galeries, on trouve différentes pièces taillées assez grandement pour servir de dortoir pendant des jours. Pour commencer, il y’a ce qui devait être la salle des officiers. Mais en plus, on a relevés près de 17 dortoirs prévus pour accueillir des officiers et des sentinelles en cas d’attaque. Cela témoigne, bien évidemment de l’impressionnante étendue de la grotte. Mais plus impressionnant, la longévité toute particulière de ce site. Un siècle après sa création, la grotte est restée quasiment intacte, comme pour dire à ses créateurs : « je vous aurais protégé pendant cent ans si cela avait été nécessaire ».