La scarification se définit comme une pratique ethnique consistant à effectuer une incision superficielle sur la peau d’un individu aussi bien sur les tempes, les joues, le front que le corps notamment l’abdomen et le dos. Cette pratique vise à laisser des cicatrices indélébiles sur le corps au nom de la tradition. Dans plusieurs anciennes sociétés africaines, être scarifié était nécessaire, voire crucial. C’était de ce fait synonyme d’avoir un titre de citoyenneté dans une société donnée.  Autrefois, c’était un trait de beauté, et ceux qui n’en avaient pas étaient traités de laids, de pauvres et de non civilisés. Ainsi c’est une forme de culture et d’art que les peuples africains ont développée. Cette forme de culture jugée d’antan de valeureuse et d’authentique pour certains, est aujourd’hui qualifiée de barbare pour d’autres.

 Etat des lieux

Au XVIIIe siècle, en Afrique, les marques sur le visage permettaient d’identifier les membres d’un même clan, d’une même confession religieuse, d’une même classe sociale. En somme, c’était une sorte de carte d’identité. Ces marques revêtaient également une signification particulière ; soit le rituel de passage à l’âge adulte, ou encore l’appartenance à un groupe restreint. C’était également une manière de contourner l’esclavage, au cours des guerres et des conflits. Les négriers se détournaient des personnes portant des marques sur le visage et sur le corps. On pouvait donc à l’époque, qualifier cet acte d’utile. Chez les garçons, les scarifications interviennent souvent au moment de la circoncision et chez les filles avant le mariage tout compte fait, à l’instar du rite de passage, les séances de scarifications sont très souvent accompagnées d’une cérémonie à la manière de l’excision. 

Scarification faciale en Afrique au début des années 1940

Dans les localités traditionnelles, les enfants qui n’ont pas de cicatrice, de scarification étaient sujets de moqueries dans les écoles. De nos jours, contrairement aux temps anciens, cette pratique a tendance à être qualifiée soit de barbare soit de rétrograde.

Pourquoi cette pratique a basculé à l’ère de la modernisation ?

Parfois, les scarifications sont faites dans un but thérapeutique autrement dit pour soigner certains maux comme les maux de ventre, de tête, l’épilepsie, de maladie neurologique. Quoi qu’on dise, depuis des siècles, les scarifications ont été utilisées en Afrique pour indiquer l'héritage d'une personne. Cependant, dans un contexte de modernisation, le regard des autres est quelquefois pesant. La preuve est que, madame Kaboré Djeneba, gérante d’une boutique au Burkina Faso, vit aujourd’hui sous le poids de ses cicatrices. Elle s’exprime donc en ces termes : « Les gens trouvent ça beau, moi je trouve ça laid.  Nous ne sommes pas comme les autres. Auparavant j’aimais mes cicatrices et je m’en vantais. Mais aujourd’hui, en ville, ce n’est plus la mode ». De nos jours, la tradition, qui se perd lentement mais surement au profit de la modernisation imposée par les autorités religieuses et gouvernementales, a progressivement freiné cette pratique qui serait qualifiée de barbare. Aussi, il serait judicieux de citer les différentes sensibilisations menées sur les enjeux sanitaires qui pourraient en découler, puisque les outils qui sont utilisés seraient non jetables d’où la pérennisation de la tradition ancestrale. Les risques d’infection, de contamination, notamment le SIDA, le tétanos, sont entre autres des raisons qui ont freiné cette pratique. Somme toute, il ressort que les scarifications dans nos sociétés africaines anciennes, étaient une pratique authentique. Aujourd’hui, dans un contexte de brassage culturel et de modernisation, les mentalités ont changé. Ainsi,  il n’y a plus de problème d’identité vu que chaque individu adulte a une pièce d’identité, qui lui permet de s’identifier et d’être identifié dans la société. Aussi, avec l’abolition de la traite négrière, se faire balafrer pour se protéger de la traite, n’est plus nécessaire.   De ce fait, les traditionalistes n’auraient donc plus d’arguments solides pour convaincre les modernistes sur le bienfondé de ladite pratique.

 

  DA Yeri

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