Entre précarité économique, pressions politiques et risques d’autocensure, les journalistes ivoiriens dénoncent un environnement médiatique fragilisé. À l’approche des prochaines échéances électorales, les professionnels des médias s’inquiètent d’un recul de la liberté de la presse, malgré les assurances du gouvernement.
La liberté de la presse reste un sujet sensible en Côte d’Ivoire. Plusieurs acteurs du secteur dénoncent des pressions récurrentes sur les rédactions, exacerbées depuis les tensions autour de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI). Certains professionnels ont critiqué ce qu’ils perçoivent comme une ingérence dans le fonctionnement de l’organisation. Pour de nombreux journalistes, la liberté d’expression demeure fragile. Ils évoquent des sanctions administratives, des convocations répétées et diverses formes d’intimidation. « Plusieurs médias ont déjà fait l’objet de sanctions ces dernières années », témoigne César Etou, journaliste au quotidien La Voie Originale. Les procédures judiciaires visant certains confrères créent également un climat de crainte. Des interrogatoires prolongés, des poursuites pour « diffusion de fausses nouvelles » sont régulièrement pointés du doigt. L’affaire du journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpe, poursuivi dans son pays, a suscité des réactions en Côte d’Ivoire, relançant les débats régionaux sur la protection des journalistes et les risques d’extradition.
Au-delà des atteintes directes à la liberté, les journalistes dénoncent des conditions de travail dégradées. Les rémunérations sont souvent inférieures aux dispositions de la convention collective, et cette précarité touche particulièrement les médias privés, limitant leurs capacités d’investigation.Plus grave : certains journalistes affirment que des partenariats commerciaux ou des pressions publicitaires influencent les choix rédactionnels. Cette situation conduit à une forme d’autocensure sur les sujets sensibles notamment politiques ou économiques, minant le rôle de contre-pouvoir de la presse. Face à ces critiques, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, affirme que la Côte d’Ivoire garantit la liberté de la presse. Les autorités soulignent aussi la nécessité de lutter contre la désinformation et les fausses informations en ligne, un argument régulièrement avancé pour justifier des restrictions. Malgré ces assurances, les organisations professionnelles continuent d’appeler à un renforcement des garanties pour les journalistes et à une amélioration durable de leurs conditions de travail. À l’approche des échéances politiques, la vigilance reste de mise.
Aristide HAZOUME
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