« Les innocentes » : Coup de projecteur sur le mariage précoce

Bien que l'âge du mariage soit généralement en hausse, le mariage précoce ou le mariage d'enfants ou d'adolescents âgés de moins de 18 ans est encore largement pratiqué.

Cette pratique d'épouser des enfants, en particulier des filles, avant l'âge de 18 ans est dénommée « le mariage précoce ». C’est une pratique qui restreint le droit des enfants à l'éducation, met leur santé en péril et entrave les efforts de développement national.

Chaque année, des milliers de jeunes filles à travers l’Afrique sont données en mariage forcé avant l’âge de 18 ans, et au pire des cas avant l’âge de 11 ans. Parfois, le partenaire qu’on impose à ces jeunes filles est trois fois, voire quatre fois plus âgé qu’elles.

Cette pratique est fréquente en Afrique Subsaharienne, notamment au Burkina Faso où plus de la moitié des filles est mariée avant l’âge de 18 ans.

Un constat accablant !    

AKOURA ! Si jeune et déjà mère

Certes, le mariage forcé concerne également des garçons ; les filles, elles, restent cependant les premières victimes de ce drame qui s’apparente, il faut le rappeler, à un viol conjugal permanent, dont les dimensions pédophiles révoltantes doivent de surcroît être soulignées. Toutes les sept secondes dans le monde, une fille de moins de 15 ans est mariée.

Le mariage précoce, n’en doutons pas, est un mariage forcé car il est inenvisageable qu’une enfant puisse y consentir librement.

Autre statistique terrifiante : on compte dans le monde pas moins de 12 millions de filles dont l’enfance a été volée.

Ces « épouses-enfants » sont non seulement exposées aux dangers de grossesses précoces, mais aussi à une « existence d’asservissement domestique et sexuel sur laquelle elles n’ont aucun pouvoir », car le mariage précoce et forcé s’inscrit, il ne faut pas en douter, dans l’ensemble des violences faites aux femmes et aux filles. 

 

 

Mutilations sexuelles féminines : une menace toujours présente

Les pays Africains ne font pas l’unanimité sur la  législation de la pratique

Si de nombreux pays africains ont réalisé de grands progrès en matière d’égalité entre garçons et filles, beaucoup reste à faire pour que les jeunes filles puissent se marier à un âge légal avec le partenaire de leur choix. En effet, plusieurs pays africains dont 41 de l’Afrique subsaharienne, ont pris part à la Convention internationale des droits de l’enfant(CIDE) et ont jugé nécessaire, voire utile de fixer l’âge minimum du mariage à 18 ans ou plus pour les filles. Cependant, pendant que 37 pays sur 41(soit 90%) se démenaient pour légiférer sur l’âge minimum du mariage à 18 ans, douze d’entre eux admettaient le mariage avant l’âge de 18 ans avec le consentement des parents, qui sont ainsi autorisés à marier leurs filles avant qu’elles n’atteignent l’âge adulte. De plus, dans presque tous les pays d’Afrique subsaharienne, les lois relatives au mariage prévoient des dispositions qui autorisent le mariage d’enfant en vertu du droit coutumier ou d’autres circonstances (telles que la grossesse), sans conditions d’âge minimum. En Éthiopie, par exemple, le ministre de la Justice a le pouvoir discrétionnaire d'autoriser les mariages avant 18 ans. Au Burkina Faso, c'est le tribunal civil. Les parents peuvent également demander des licences de mariage pour mineurs dans plusieurs pays. En Angola, la loi admet que les parents épousent leurs filles à 15 ans ou leurs fils à 16 ans, même si l'âge du mariage est de 18 ans.

Les véritables raisons de cette pratique

La pauvreté est la principale raison du mariage précoce et forcé. En effet, Il est souvent très difficile pour certaines familles d’avoir ne serait-ce qu’un seul repas par jour. Les parents, dans l’optique que leur fille ait à manger au quotidien, préfèrent la donner en mariage et espérer ainsi avoir une éventuelle stabilité financière. Il y a également le facteur « tradition » qui est très important dans la prise de décision. Dans certaines traditions, se marier avant l’apparition des premières règles permettrait à la jeune fille d’accéder facilement au paradis. La pression sociale n’est pas mise en marge, parce qu’elle découle très souvent de la tradition et joue un rôle prépondérant. Marier une fille sur qui circule des rumeurs est la seule solution face à une grossesse hors mariage, source de déshonneur pour la famille. De plus, la sous-information constitue aussi un facteur essentiel. Les parents pensent naïvement  que le mariage dès le jeune âge permet de protéger leur fille de maladies sexuellement transmissibles et d’éventuelles violences qu’elles pourraient subir dans le futur. Enfin, le facteur discrimination est le dernier facteur déterminant. Le mariage précoce et forcé peut être une manière de s’assurer de l’obéissance des filles à leur mari mais parfois aussi à leur famille.

Les conséquences fâcheuses du mariage précoce

Conséquences logique du mariage des enfants

Eu égard à tout ce que nous pouvons constater autour de nous, nous pouvons affirmer sans pour autant nous tromper que le mariage précoce n’a que des conséquences dévastatrices tant sur le plan physique, intellectuel, psychologique, émotionnel, sanitaire qu’éducatif. En effet, se marier jeune implique les risques de violences conjugales et sexuelles car elles ont souvent tendance à légitimer ce qu’elles subissent. De même, pour les maladies, les jeunes filles mariées très tôt ont en réalité plus de chance d’attraper le VIH que leurs camarades car leur conjoint est plus souvent infecté. De plus, une grossesse précoce est la conséquence logique du mariage des enfants.

Il y a donc là encore des risques en termes de santé, pour la mère comme pour l’enfant. En effet, le corps de la jeune fille n’est en réalité pas encore prêt. Les complications à l’accouchement sont ainsi beaucoup plus nombreuses. Il faut aussi souligner l’impact dévastateur sur les études, parce qu’une fois mariée, il est difficile, voire impossible de poursuivre les études quand bien même l’éducation des mères est essentielle pour les enfants.

Les filles, impuissantes face à cette situation, se retrouvent dans l’impasse puisqu’elles sont condamnées à vivre dans l’inconfort. Enfin, elles se retrouvent ainsi mises au pilori de la pauvreté. Les parents en les mariant, espèrent les voir mener une vie meilleure que la leur. Malheureusement, c’est avec impuissance qu’ils se voient emprunter le chemin du non-retour.

 

 

 

A quand la fin ?

Le NIGER, le TCHAD, la RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE, le MALI, la GUINÉE, le BURKINA FASO, le SOUDAN DU SUD, la MOZAMBIQUE, la SIERRA LEONE et le NIGERIA : Voici là les dix pays africains les plus touchés par le mariage précoce en fonction de leurs taux de prévalence.

Si l’Afrique n’agit pas immédiatement, le nombre de filles-épouses sera multiplié par 2 à l’horizon 2050 et deviendra de ce fait la région ayant le plus grand nombre de filles-épouses.

En effet, afin de mener à bien sa vision d’émergence et de développement décrite dans l’agenda 2063, l’Afrique  doit associer à son engagement, les stratégies, les actions et les ressources coordonnées qui permettront d’éradiquer le mariage des enfants et de donner à chaque fille l’opportunité de prospérer.

Aujourd’hui, nous avons une occasion unique d’agir sur cette dynamique et d’accélérer les efforts pour aider à changer la vie des filles et des jeunes femmes partout en Afrique. Plus concrètement, autonomiser les filles, mobiliser les familles et les communautés, fournir des services, établir et appliquer les lois et les politiques.

Car la fin du mariage des enfants nécessite un travail qui se renforce mutuellement dans ces domaines. Malgré toute cette volonté affichée par les pays africains d’abolir le mariage des enfants, il sied toujours de s’interroger : « A quand la fin ? ».

Le mariage des enfants est un défi auquel tous les pays africains sont confrontés. Au cours des dernières années, ce phénomène a gagné en importance dans les programmes de développement internationaux et nationaux.

 

 

Lutte contre le mariage précoce

DA Yeri Anny Gladys

 

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