Face à une coopération jugée insuffisante de la Somalie en matière de réadmission de ses ressortissants en situation irrégulière, l’Union européenne a décidé de durcir temporairement les règles d’octroi des visas Schengen. Si Bruxelles assume cette sanction procédurale, Mogadiscio rejette fermement ces accusations et exige un contrôle rigoureux de l’identité des personnes susceptibles d’être expulsées.
Le Conseil de l’Union européenne a officiellement adopté, sur la base d’une évaluation de la Commission européenne, de nouvelles restrictions à l’encontre des demandeurs somaliens de visas pour l’espace Schengen. La mesure, entrée en vigueur immédiatement, sanctionne ce que Bruxelles considère comme une coopération défaillante de Mogadiscio concernant le retour de ses migrants déboutés. Concrètement, plusieurs assouplissements sont supprimés :
· La délivrance de visas à entrées multiples est désormais suspendue.
· Les exemptions de production de certains justificatifs sont abolies.
· Les titulaires de passeports diplomatiques ou de service perdent leur exonération des frais de dossier.
· Le délai standard d’examen des demandes passe de 15 à 45 jours, ce qui ralentira considérablement les procédures.
Bien que le Conseil souligne le caractère temporaire de ces mesures, aucune date de levée n’a été fixée. La Commission européenne poursuivra son évaluation de la coopération somalienne et proposera une révision uniquement si des progrès significatifs sont constatés sur le terrain.
Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamoud, a vivement réagi à ces annonces, profitant des célébrations du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de son pays pour clarifier la position de son gouvernement. Il a réaffirmé que la Somalie n’est pas opposée à la réintégration de ses citoyens, à une condition impérative : que leur nationalité soit dûment et rigoureusement établie. Selon le chef de l’État, de nombreuses personnes originaires d’autres pays de la Corne de l’Afrique (notamment d’Éthiopie, d’Érythrée ou du Kenya) se feraient passer pour des Somaliens afin de faciliter l’obtention d’une protection internationale en Europe. Certaines d’entre elles ne maîtrisent même pas la langue somalie. Dans ce contexte, Mogadiscio estime qu’il ne saurait accueillir des individus dont l’identité demeure incertaine ou frauduleuse.
Cette décision s’inscrit dans le cadre du Code des visas de l’Union européenne, qui permet de conditionner la politique d’accueil à la coopération des pays tiers en matière de réadmission. Bruxelles a déjà actionné ce levier par le passé : la Gambie en 2021, puis l’Éthiopie en 2024, ont subi des restrictions similaires. Dans le cas éthiopien, les sanctions avaient finalement été levées en mai 2026, après que le gouvernement d’Addis-Abeba a renforcé sa coopération sur le retour et l’identification des migrants.
Aristide HAZOUME
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