Société

Nigeria : Près de 10 000 ex-djihadistes regagnent la vie civile

L’État de Borno, épicentre de l’insurrection djihadiste au Nigeria, a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de contre-insurrection. Les autorités locales ont annoncé la réintégration officielle de 9 680 anciens membres de Boko Haram, dont 720 viennent d’achever un programme de réhabilitation à Maiduguri, dans le cadre d’un vaste processus de déradicalisation visant à pacifier le nord-est du pays.

Une cérémonie de graduation sous haute surveillance à Maiduguri

Maiduguri, la capitale régionale, a accueilli une cérémonie solennelle pour marquer la fin du parcours de réinsertion de 720 ex-insurgés. En présence de représentants gouvernementaux et de notables locaux, ces bénéficiaires ont prêté serment, s’engageant solennellement à respecter les lois nigérianes et à œuvrer pour la cohésion sociale avant leur retour définitif dans leurs foyers. Durant leur réhabilitation, les participants ont suivi un cursus intensif alliant éducation civique, médiation communautaire et formations professionnelles (agriculture, menuiserie, artisanat). Ce volet pratique vise à leur offrir une autonomie économique durable, condition sine qua non d’une réinsertion réussie. Avec cette nouvelle promotion, le nombre total d’ex-combattants réintégrés depuis le lancement du programme atteint désormais 9 680, un chiffre qui témoigne de l’ampleur des redditions au sein des rangs de l’insurrection.

Un levier stratégique pour endiguer l’insurrection dans le bassin du lac Tchad

Initié dans le cadre de la politique nationale de lutte contre l’extrémisme violent, ce programme encourage les défections volontaires. En offrant une porte de sortie honorable aux combattants, les autorités espèrent vider progressivement les sanctuaires djihadistes de leurs effectifs. Depuis plusieurs années, cette stratégie de « désengagement » a porté ses fruits, contribuant à éroder les capacités opérationnelles de Boko Haram et de ses factions dissidentes. Toutefois, si cette dynamique a affaibli la rébellion, elle n’a pas totalement éradiqué la menace. Des attaques sporadiques continuent de secouer certaines zones rurales du nord-est nigérian et les abords du bassin du lac Tchad, rappelant la fragilité sécuritaire persistante.

Déclenché en 2009, le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et contraint plus de deux millions de personnes à fuir leurs foyers, provoquant l’une des pires crises humanitaires du continent. Pour les autorités de l’État de Borno, la réhabilitation des ex-combattants ne se limite pas à une mesure sécuritaire ; elle est perçue comme un pilier fondamental de la reconstruction des communautés sinistrées. En favorisant la réconciliation et en réduisant les risques de récidive, cette approche vise à jeter les bases d’une paix durable dans une région meurtrie par quinze années de violences.

Aristide HAZOUME

redacteur3.0

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