Le Cameroun tourne une page de son industrie gazière. Après huit ans d’activité au large de Kribi, le navire-usine Hilli Episeyo, exploité par Golar LNG, a quitté les eaux nationales en juillet 2026. Ce départ met fin aux opérations de liquéfaction du gaz naturel sur le territoire. Mais, il prive le pays de son unique outil d’exportation de GNL, avec des répercussions attendues sur les recettes publiques et la stratégie énergétique nationale.
Le Hilli Episeyo s’en va, les exportations de GNL suspendues
Le navire-usine Hilli Episeyo a officiellement quitté les eaux camerounaises en juillet 2026, mettant un terme à huit années de production au large de Kribi, dans la région du Sud. Exploité par le norvégien Golar LNG depuis 2018, cette unité flottante assurait à la fois la liquéfaction du gaz naturel extrait au Cameroun et son chargement sur les méthaniers destinés à l’exportation.
Son départ sonne le glas des capacités nationales de liquéfaction, aucune infrastructure de remplacement n’étant actuellement opérationnelle. Selon Golar LNG, le navire sera redéployé vers l’Amérique latine, où l’entreprise compte développer de nouveaux projets énergétiques.
Ce scénario était pourtant attendu. Des spécialistes du secteur soulignent que cette échéance était connue depuis plusieurs années, et regrettent qu’aucune solution alternative n’ait été anticipée. Le projet reposait sur un partenariat entre Golar LNG, la Société nationale des hydrocarbures (SNH), Perenco et la Cameroon Oil Transportation Company (COTCO), dont les contrats arrivent aujourd’hui à leur terme.
Inquiétudes sur les recettes publiques et l’avenir du secteur
Le départ du Hilli Episeyo suscite de vives préoccupations économiques. Des économistes redoutent une baisse substantielle des recettes publiques, le gaz naturel constituant une ressource majeure pour la SNH. Les revenus annuels générés par cette activité étaient estimés entre 250 et 300 milliards de francs CFA, une manne qui participait activement au financement des finances publiques.
Au-delà de l’impact budgétaire immédiat, des experts évoquent un risque de désaffection des investisseurs étrangers et appellent à accélérer le développement de nouvelles infrastructures gazières. Pourtant, le sujet reste étonnamment discret dans la sphère politique.
Des responsables de l’opposition réclament des explications claires du gouvernement et une stratégie nationale pour préserver les capacités de liquéfaction. À ce jour, le Parlement n’a pas encore inscrit cette question à son agenda. Le départ du Hilli Episeyo marque ainsi un tournant pour l’industrie gazière camerounaise. Il ouvre une période d’incertitude pour les exportations de gaz naturel liquéfié, alors que le pays peinait déjà à diversifier ses sources de revenus.
Aristide HAZOUME