Le nouveau Premier ministre hongrois utilise sa majorité des deux tiers pour démanteler le système de Viktor Orban. Ses méthodes autoritaires inquiètent les défenseurs de l’État de droit, qui dénoncent un risque de reproduction des dérives passées.
Péter Magyar ne perd pas de temps. Élu en avril avec une « super-majorité », le chef du parti Tisza impose des réformes radicales. Son objectif : démanteler le système politique et judiciaire hérité de Viktor Orban. Le président et le procureur général ont déjà été contraints de partir. Plusieurs enquêtes anticorruption visent l’ancien parti Fidesz. Mais la méthode interroge. Les amendements constitutionnels adoptés sont rétroactifs. Ils limitent les mandats à trois pour les députés, et deux pour les chefs de gouvernement.
Des mesures contestées
« C’est une attaque contre la démocratie », dénonce un député Fidesz. Amnesty International s’inquiète aussi. L’ONG reproche au gouvernement de ne pas avoir suivi la procédure légale pour destituer le président. « La fin ne justifie pas tous les moyens », estime son représentant en Hongrie. Pour le parti Tisza, la rupture est une nécessité. « Nous utilisons les outils du Fidesz pour le détruire », assume un député. Mais cette stratégie est risquée. La nomination avortée d’une championne d’échecs à la présidence a déjà fait baisser sa popularité.
L’urgence économique en jeu
La Pologne sert de contre-exemple. Donald Tusk lutte encore contre l’héritage du PiS. Péter Magyar veut éviter cette paralysie. Il doit aussi agir vite pour débloquer plus de 10 milliards d’euros de fonds européens. Ces aides sont gelées pour cause de non-respect de l’État de droit. Les réformes anti-corruption doivent être bouclées d’ici la fin du mois. Cette course contre la montre expose Magyar aux mêmes critiques que son prédécesseur. Le pari est dangereux : restaurer la démocratie en utilisant des méthodes qui l’affaiblissent.
Aristide HAZOUME