La Guinée tourne résolument la page de l’exportation de l’or brut. Par une décision souveraine, les autorités de transition interdisent désormais toute sortie du métal précieux non raffiné, dans le but de développer une filière industrielle locale, de créer des emplois qualifiés et de capter une plus grande part des richesses minières sur le territoire national.
Par une annonce ferme, le président de la transition, Mamadi Doumbouya, a acté l’interdiction totale des exportations d’or brut. Cette mesure historique marque un tournant décisif dans la stratégie de valorisation des ressources minières guinéennes, jusqu’ici principalement expédiées à l’état brut vers les marchés internationaux. Désormais, tout lingot extrait du sous-sol guinéen devra obligatoirement être raffiné sur place avant d’être écoulé à l’étranger. En imposant cette transformation locale, le gouvernement entend multiplier par plusieurs fois la valeur ajoutée de la filière aurifère, tout en réduisant la dépendance chronique du pays aux exportations de matières premières non transformées.
Au-delà des retombées économiques directes, les autorités voient dans cette réforme un levier majeur d’industrialisation. La création d’emplois durables, le transfert de compétences techniques et le renforcement des capacités industrielles nationales sont présentés comme les piliers de cette nouvelle politique. Sixième producteur d’or du continent, la Guinée possède des réserves substantielles qui font de ce secteur un pilier de son économie. En misant sur le raffinage local, Conakry espère désormais transformer cette abondance en richesse pérenne, et non plus en simple devises volatiles.
Pour éviter tout contournement, le gouvernement a d’ores et déjà adressé un avertissement clair aux sociétés minières opérant dans le pays. Toute entreprise contrevenante s’exposera à des sanctions graduées, qui pourront aller jusqu’au retrait pur et simple de son permis d’exploitation une menace qui témoigne de la détermination des autorités à faire appliquer la mesure dans toute sa rigueur. Sur le plan logistique, une nouvelle raffinerie d’or est en phase d’achèvement à Conakry. Cette infrastructure, qualifiée de « maillon essentiel » par les responsables ministériels, devra absorber la production nationale et éviter tout goulot d’étranglement dans la chaîne de transformation.
Ce pari industriel intervient dans un contexte de production soutenue : au premier trimestre de l’année, la Guinée a déjà exporté plus de 22 tonnes d’or, un volume qui illustre l’enjeu colossal pour les finances publiques. Avec cette réforme, le pays entend désormais capter une part bien plus importante des revenus générés par cette manne aurifère. En adoptant cette politique, la Guinée rejoint le cercle grandissant des nations africaines à l’instar du Ghana ou du Mali qui font le pari de la souveraineté économique par la transformation locale de leurs matières premières, dans l’espoir d’accélérer leur industrialisation et de stabiliser leurs recettes d’exportation sur le long terme.
Aristide HAZOUME
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