Face à la recrudescence des attaques contre les ressortissants africains en Afrique du Sud, le Ghana et le Nigeria ont officiellement demandé à l’Union africaine (UA) d’inscrire cette question à l’ordre du jour de son prochain sommet. Dénonçant des actes d’« afrophobie » et une dégradation inquiétante de la sécurité, Accra et Abuja appellent à une riposte continentale coordonnée. Cette initiative diplomatique intervient alors que plusieurs États poursuivent le rapatriement de leurs citoyens, dans un climat de tensions persistantes.
Accra et Abuja unissent leurs voix pour une réponse panafricaine
Le Ghana et le Nigeria intensifient leur pression diplomatique. À l’issue de récents entretiens, leurs ministres des Affaires étrangères ont publié un communiqué conjoint condamnant fermement les violences ciblant les migrants africains, ainsi que toute forme de xénophobie, d’afrophobie et d’intolérance. Les deux gouvernements plaident pour un débat officiel lors du prochain sommet de l’UA, estimant que cette crise met en péril l’intégration régionale et les idéaux du panafricanisme.
Accra, qui avait déjà soumis une demande en ce sens, insiste également sur l’envoi d’une mission d’établissement des faits en Afrique du Sud et sur le renforcement des mécanismes africains de protection des droits humains. Abuja appuie cette position, soulignant que l’inaction fragiliserait la crédibilité de l’architecture de paix et de sécurité du continent.
Exode massif : des milliers de migrants quittent le pays
Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud est secouée par des manifestations hostiles aux immigrés, en particulier ceux en situation irrégulière. Dans ce climat d’insécurité croissante, plusieurs capitales africaines ont organisé des opérations de rapatriement d’urgence. Selon les bilans officiels, près de 150 000 étrangers ont déjà quitté le territoire sud-africain. Parmi eux figurent 1 490 Nigérians et au moins 926 Ghanéens, rapatriés par leurs gouvernements respectifs.
Les autorités de Pretoria condamnent officiellement toute violence et rejettent l’accusation de xénophobie systémique. Elles assurent que les forces de sécurité traquent les auteurs et rappellent que les actes d’intimidation à l’encontre des étrangers sont inconstitutionnels. Toutefois, la persistance des incidents alimente la méfiance et ravive les débats sur la libre circulation des personnes, pierre angulaire du projet d’intégration continentale.
Un test pour l’Union africaine et la solidarité continentale
Ce dossier, désormais incontournable, s’annonce comme un révélateur de la capacité de l’UA à protéger ses citoyens au-delà des frontières. La requête conjointe du Ghana et du Nigeria pourrait ouvrir la voie à une stratégie commune de prévention et de réponse aux violences ciblant les migrants. Alors que le sommet approche, les regards se tournent vers Addis-Abeba pour une prise de position ferme, qui redonnerait corps au panafricanisme et à la promesse d’une Afrique unie.
Aristide HAZOUME