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En République démocratique du Congo, la psychose liée au virus Ebola provoque un exode silencieux des femmes enceintes hors des centres de santé. À Bunia, épicentre de l’épidémie en Ituri, la fréquentation des consultations prénatales s’effondre. Un désert médical qui fait craindre une vague de complications obstétricales et une recrudescence de la mortalité maternelle.

À Bunia, les salles d’attente se vident

L’épidémie d’Ebola ne se contente plus de faire des victimes directes. Elle gangrène aussi les rouages du système de santé congolais, semant la défiance jusque dans les services les plus essentiels. Dans la province de l’Ituri, et plus particulièrement à Bunia, de nombreuses futures mères préfèrent désormais risquer leur grossesse à domicile plutôt que de franchir les portes des hôpitaux. La crainte d’une contamination, ou simplement d’une mise en quarantaine prolongée, l’emporte sur la nécessité médicale. À la clinique Bénédicte, le constat est alarmant. Le Dr Sonny Mwembo, directeur médical, dresse un bilan sans appel : « Nous recevions environ 60 patientes par mois en consultation prénatale. Aujourd’hui, à peine une dizaine se présente. » Une chute de plus de 80 % qui illustre l’ampleur de la crise de confiance.

Témoignage : « Je préfère attendre que la situation s’améliore »

Esther Lutula, 26 ans, a volontairement suspendu son suivi médical. Comme des centaines d’autres femmes, elle observe depuis chez elle l’évolution de la flambée virale. « Je ne me sens pas en sécurité à l’hôpital. Je préfère attendre que les choses se calment avant d’y retourner », confie-t-elle. Une prudence compréhensible, mais qui inquiète les professionnels de santé. Car pendant que ces femmes diffèrent leurs rendez-vous, le virus continue de progresser. Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes : les autorités congolaises recensent désormais 782 cas confirmés et 181 décès liés au virus Ebola. L’Ituri reste le foyer principal de cette crise sanitaire, classée par l’OMS comme une urgence de santé publique de portée internationale.

Des risques obstétricaux sous-estimés

Les médecins tirent la sonnette d’alarme. Le suivi prénatal n’est pas un simple formalité administrative : il permet de dépister précocement les complications (prééclampsie, hémorragies, retard de croissance fœtale) et de préparer un accouchement en sécurité. « En l’absence de ce suivi, nous risquons davantage de complications obstétricales graves, aussi bien pour la mère que pour l’enfant », alerte le Dr Mwembo. Les experts rappellent que les femmes enceintes font partie des populations les plus vulnérables lors des flambées épidémiques. Le virus Bundibugyo, souche responsable de cette épidémie, n’est pas encore endigué par un vaccin homologué spécifique, ce qui accroît l’angoisse collective.

Une course contre la montre pour restaurer la confiance

Face à cette double menace le virus et la défiance, les autorités sanitaires et les organisations humanitaires intensifient leurs campagnes de sensibilisation. Objectif : rassurer les populations, rappeler que les structures de soins appliquent des protocoles de tri stricts et que les consultations prénatales restent sûres. Mais le chemin est long. La psychose est tenace, et chaque jour qui passe sans suivi médical accroît les risques pour les milliers de grossesses en cours dans la zone. Les acteurs de la santé publique espèrent éviter une crise parallèle, silencieuse mais potentiellement plus meurtrière à terme : celle de la mortalité maternelle et néonatale, conséquence indirecte de l’épidémie.

Aristide HAZOUME

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