Le Parlement hongrois a adopté un amendement constitutionnel historique qui met un terme prématuré au mandat du président Tamas Sulyok. Cette décision, portée par le parti Tisza du nouveau Premier ministre Peter Magyar, marque une rupture brutale avec l’héritage de Viktor Orban et ouvre une nouvelle bataille pour le contrôle des institutions.
Une réforme constitutionnelle qui fragilise l’héritage d’Orban
Ce lundi 13 juillet, les députés hongrois ont approuvé un amendement constitutionnel controversé par 139 voix pour et 6 contre, un vote qui s’est tenu en l’absence du parti nationaliste Fidesz. Le parti de Viktor Orban a boycotté la séance, dénonçant un “coup de force” parlementaire. L’amendement prévoit la fin anticipée du mandat du président Tamas Sulyok, qui devra quitter ses fonctions dès l’entrée en vigueur du texte.
Le nouveau dirigeant conservateur pro-européen Peter Magyar, chef du parti Tisza, s’est réjoui de ce qu’il présente comme l’achèvement de la réforme constitutionnelle du “système Orban”. Il a accusé l’ancien pouvoir d’avoir bâti un édifice politique déséquilibré, promettant de remodeler les institutions “brique par brique”.
Tamas Sulyok dénonce une “violation de l’État de droit”
Agé de 70 ans, le président sortant Tamas Sulyok rejette fermement cette procédure qu’il juge contraire aux principes démocratiques. Dans une déclaration, il a dénoncé une “atteinte grave à l’État de droit” et une remise en cause de la séparation des pouvoirs, piliers de toute démocratie libérale. Conformément au texte adopté, un nouveau président de la République devra être élu par le Parlement pour un mandat de cinq ans. Fort d’une majorité des deux tiers, le parti Tisza est en position de force pour faire élire un chef de l’État aligné sur sa vision politique, accélérant ainsi la transformation du paysage institutionnel hongrois.
Orban dénonce une “tentative de changement de régime” depuis l’étranger
Depuis les États-Unis, où il effectue une visite, Viktor Orban a vivement réagi à cette décision. Il a appelé les Hongrois à “résister” à ce qu’il qualifie de tentative d’éviction illégitime du président, accusant ses adversaires de vouloir instaurer un régime autoritaire déguisé. Il se présente en défenseur de l’ordre constitutionnel hongrois, fustigeant ce qu’il perçoit comme un “changement de régime” orchestré par ses opposants.
Sur le front politique intérieur, Peter Magyar a donné un ultimatum de cinq jours au président Sulyok : démissionner ou signer l’amendement. Passé ce délai, il menace d’engager une procédure de destitution, ce qui plongerait le pays dans une crise institutionnelle d’une ampleur inédite.
Une réforme qui divise la société civile et les experts
La réforme ne fait pas l’unanimité au sein de la société civile. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont exprimé de vives inquiétudes. Amnesty International a appelé au respect d’une procédure équitable pour le président Sulyok, tandis que Human Rights Watch a dénoncé des changements constitutionnels “précipités et opaques”, qui fragilisent selon elles les contre-pouvoirs. À l’inverse, certains juristes soutiennent la démarche. Andras Baka, ancien président de la Cour suprême, estime qu’une refonte institutionnelle est nécessaire pour rétablir l’équilibre des pouvoirs, longtemps faussé par l’ère Orban.
Cette crise marque un tournant décisif dans le conflit politique qui secoue la Hongrie, opposant les partisans de l’ancien régime à une nouvelle génération de dirigeants. Elle intervient alors que le pays est sous le regard attentif de l’Union européenne, qui pourrait être amenée à se positionner sur le respect des valeurs démocratiques dans un État membre.
Aristide HAZOUME