L’opposant historique ougandais Kizza Besigye a comparu lundi devant la Haute Cour de Kampala, où il est poursuivi pour trahison et projet présumé de renversement armé du gouvernement. Son arrivée forcée à l’audience, dans un climat de vives tensions entre la défense et les autorités judiciaires, a ravivé les critiques sur l’état de droit dans le pays.
Une audience sous tension entre la défense et le tribunal
Le procès de Kizza Besigye est entré dans une phase décisive ce lundi, avec le début prévu des auditions de témoins. L’ancien candidat à la présidentielle, figure emblématique de l’opposition ougandaise, est accusé d’avoir fomenté un soulèvement armé contre le pouvoir en place des charges qu’il rejette en bloc, dénonçant une machination politique.
Selon ses avocats, Besigye a été extrait de force de sa cellule pour être conduit à l’audience, une situation qualifiée d’« exceptionnelle » et de contraire à ses droits fondamentaux. La défense déplore également des conditions de procès qu’elle juge entravées par des manœuvres administratives et judiciaires.
Parmi les incidents récents ayant émaillé la procédure, l’équipe juridique de l’opposant a vu plusieurs de ses membres se retirer. Elle dénonce notamment l’arrestation d’Erias Lukwago, figure clé de la défense, ainsi que l’interdiction d’entrée sur le territoire ougandais de l’avocate kényane Martha Karua, pourtant mandatée par Besigye. Face à cette situation, la Haute Cour a désigné des avocats commis d’office pour représenter l’accusé une décision que Kizza Besigye a fermement refusée, rejetant toute défense imposée.
Une affaire sous haute surveillance médiatique et politique
Les proches de l’opposant et les organisations de défense des droits humains s’inquiètent d’un procès expéditif. Ils pointent du doigt une volonté des autorités de boucler l’affaire avant la fin du mois de juillet, privant la défense des délais nécessaires à une préparation sereine.
Kizza Besigye est détenu depuis son arrestation au Kenya en 2024, avant d’être transféré en Ouganda. Ancien médecin et ancien colonel de l’armée, il est l’un des rares opposants à avoir défié durablement le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. Candidat à plusieurs reprises à la présidentielle, il incarne une contestation historique du régime.
La couverture médiatique de l’audience reste limitée. Des journalistes présents à Kampala ont fait état de restrictions d’accès et de consignes informelles limitant la transmission des informations depuis le tribunal. Les autorités ougandaises n’ont pour l’heure annoncé aucun ajustement dans le calendrier judiciaire. Le procès doit se poursuivre avec l’audition des témoins, dans un climat de défiance accru entre les différentes parties.
Aristide HAZOUME