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Dans un pays sahélien frappé par la sécheresse, des producteurs défient les idées reçues. L’ananas y prospère désormais, porté par une quête de souveraineté alimentaire. L’armée elle-même s’est lancée dans l’aventure.

Au Burkina Faso, la terre est rouge, sableuse et caillouteuse. Pourtant, sous les pieds des canards qui déambulent entre les rangées, les plants d’ananas se développent. Cette culture, réputée tropicale, s’adapte désormais au climat aride du Sahel . « On nous disait que nous ne pouvions cultiver que du coton, du maïs ou du sorgho », explique Oumarou Compaoré, agriculteur pionnier près de Bobo-Dioulasso . Sa ferme s’étend aujourd’hui sur 50 hectares. Il est devenu le symbole d’une révolution agricole inattendue.

Lancée pendant la pandémie de Covid-19, son initiative a profité de la fermeture des frontières. « Le fruit manquait, nous l’avons vendu facilement », se souvient-il . Aujourd’hui, plus d’une centaine de producteurs se sont formés à cette spéculation rentable.

L’armée cultive aussi l’ananas

Le gouvernement militaire, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a fait de la souveraineté alimentaire une priorité nationale . En avril 2026, le Burkina a suspendu les importations de riz pour favoriser la production locale . L’ananas figure désormais dans le plan de développement officiel. En décembre 2024, le président Traoré a visité un champ expérimental au Camp Naba-Koom 2 à Ouagadougou . Sur un hectare, 60 000 pieds ont été plantés par des militaires. « L’armée doit participer au développement du pays », a-t-il déclaré . La première récolte est attendue pour novembre 2025.

Une bataille culturelle et historique

L’enjeu dépasse la simple production agricole. Au Burkina, la consommation de produits importés a longtemps été associée au prestige. « Ce qui vient de l’extérieur est perçu comme meilleur », constate Luc Damiba, du Mémorial Thomas-Sankara . L’héritage de Thomas Sankara, président de 1983 à 1987, est régulièrement invoqué. Sa politique agricole visait déjà l’autonomie du pays. Beverly Ochieng, analyste chez Control Risks, rappelle que cette aspiration est ancrée dans le tissu social burkinabè .

Pour les producteurs comme Kaba Séré, la preuve est faite. « Les ananas poussent au Burkina », affirme-t-elle, sa ferme comptant 60 000 plants . Un constat qui, dans un pays confronté à l’insécurité et à la pauvreté, offre une lueur d’espoir.

Aristide HAZOUME

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