L’Espagne et Gibraltar ont officiellement supprimé les contrôles douaniers à leur frontière terrestre, une mesure rendue possible par le nouvel accord conclu entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Cette avancée historique, saluée par les autorités des deux côtés, met fin à des décennies de tensions frontalières et ouvre une nouvelle ère pour la libre circulation et la coopération transfrontalière.
Une frontière historique libérée des contrôles
Dans la nuit de mardi à mercredi, la frontière entre Gibraltar et l’Espagne est devenue libre de tout contrôle douanier. Pour marquer l’événement, la barrière métallique qui séparait les deux territoires depuis des décennies a été démantelée lors d’une cérémonie symbolique.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, et le chef du gouvernement de Gibraltar, Fabian Picardo, ont assisté ensemble à ce moment historique, saluant une étape majeure dans les relations transfrontalières. Quelques minutes après minuit, les premiers piétons et automobilistes ont traversé librement la frontière, concrétisant ainsi l’application du nouvel accord négocié entre Bruxelles et Londres après le Brexit.
Pedro Sánchez a qualifié cet instant de « moment historique », rappelant que cette frontière représentait depuis longtemps une difficulté quotidienne pour des milliers de travailleurs. Chaque jour, près de 15 000 Espagnols franchissent en effet ce passage pour rejoindre leur lieu de travail à Gibraltar, où ils constituent une part essentielle de la main-d’œuvre locale.
Un accord qui redessine les relations bilatérales
Le traité, qui aligne Gibraltar sur plusieurs règles de libre circulation applicables dans l’espace Schengen, vise à faciliter les déplacements des personnes et les échanges économiques. Les discussions entre Londres, Bruxelles, Madrid et Gibraltar, qui ont duré plusieurs années, aboutissent ainsi à une solution durable pour gérer la situation post-Brexit.
Toutefois, la question de la souveraineté demeure inchangée : l’Espagne continue de revendiquer Gibraltar, conformément au traité d’Utrecht de 1713. Ce différend historique a longtemps nourri les tensions diplomatiques entre Madrid et Londres, atteignant leur paroxysme en 1969 lorsque le régime de Francisco Franco avait fermé la frontière terrestre, une décision qui n’avait été levée qu’en 1985. Depuis lors, les contrôles étaient régulièrement renforcés ou assouplis selon les aléas du contexte diplomatique.
Avec ce nouvel accord, les autorités espèrent stimuler l’activité économique, fluidifier les déplacements quotidiens et consolider les liens entre les populations des deux côtés de la frontière. Cette nouvelle étape marque un tournant majeur dans les rapports entre Gibraltar, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne, ouvrant la voie à une coopération régionale renforcée et à une cohabitation apaisée.
Aristide HAZOUME