La mission de médiation de la Cédéao en Guinée-Bissau suscite une vive polémique. L’annonce d’un futur référendum constitutionnel, faite à l’issue des discussions avec les autorités de transition, a provoqué la colère de l’opposition. Rejetant les accusations d’ingérence, l’organisation régionale assure n’avoir fait que présenter une feuille de route élaborée conjointement avec le pouvoir en place.
La controverse s’intensifie autour du rôle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à Bissau. À la tête de la délégation régionale, le ministre sierra-léonais des Affaires étrangères, Timothy Kabba, a annoncé, au terme des échanges, qu’un projet de nouvelle Constitution serait prochainement soumis à référendum. Une information qu’il dit tenir des autorités de transition elles-mêmes. Cette déclaration a immédiatement provoqué l’indignation de l’opposition. Depuis Lisbonne, Elton Infanda, porte-parole de l’ancien Premier ministre Fernando Dias, a vivement critiqué l’attitude de la Cédéao, l’accusant de dépasser son mandat et de donner une légitimité politique aux militaires arrivés au pouvoir à la faveur du coup d’État de novembre 2025.
« L’opposition n’a jamais été consultée sur cette réforme », a-t-il martelé, en rejetant catégoriquement toute modification constitutionnelle engagée sous un régime de transition. Il a également exprimé des craintes quant aux répercussions sur les élections présidentielle et législatives, prévues en décembre 2026, dont la crédibilité est déjà mise en doute.
Face à la montée des critiques, la Cédéao a tenté de calmer le jeu. Dans un communiqué publié peu après la médiation, l’organisation affirme n’avoir validé aucun processus constitutionnel et précise avoir simplement pris acte de la feuille de route politique arrêtée avec les autorités bissau-guinéennes. Pour autant, la révision constitutionnelle a d’ores et déjà été adoptée par le Conseil national de transition. Le texte prévoit notamment un renforcement des prérogatives présidentielles, tout en maintenant un régime semi-présidentiel. Les autorités de transition entendent désormais soumettre cette réforme à la ratification populaire, via un référendum dont la date reste à fixer.
La Cédéao réitère son engagement en faveur d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel et assure poursuivre ses efforts pour favoriser un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes. L’organisation régionale dit œuvrer à la tenue d’élections libres, transparentes et crédibles en décembre 2026. Reste que, dans un climat politique déjà fragile, cette nouvelle controverse risque d’aggraver la défiance entre les acteurs nationaux et d’hypothéquer les chances d’une transition apaisée.
Aristide HAZOUME
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