Deux hauts conseillers de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) de Madagascar ont remis leur démission. Ce départ fait suite à des poursuites judiciaires visant un avis rendu contre le président de la transition, le colonel Randrianirina. La société civile dénonce une ingérence du pouvoir exécutif dans les affaires judiciaires.
Démissions après des poursuites pour « complot » contre la transition
La Haute Cour constitutionnelle malgache est secouée par une crise inédite. Merlin Rasolonandrasana et William Nelson, deux hauts magistrats, ont officiellement quitté leurs fonctions le 17 juin 2026. Dans sa lettre de démission, Merlin Rasolonandrasana a justifié ce choix par la nécessité de préserver « l’intérêt supérieur de la nation » et d’apaiser les tensions politiques. Ces démissions interviennent dans un climat de forte pression judiciaire. Les deux conseillers faisaient partie des quatre magistrats visés par une demande de poursuites du parquet général. Les chefs d’accusation retenus : complot et atteinte à la sûreté de l’État.
L’affaire trouve son origine dans une décision de la HCC rendue quelques semaines plus tôt. Les juges avaient alors déclaré recevable une requête demandant la destitution du colonel Randrianirina, actuel président de la transition. Peu avant, ces mêmes magistrats avaient déjà dénoncé une tentative de l’Assemblée nationale visant à remplacer certains membres de la Cour.
La société civile alerte sur l’indépendance de la justice
Ces démissions provoquent une vive inquiétude au sein de la société civile malgache. Le mouvement citoyen Gen Z, figure centrale de la transition d’octobre 2025, a exprimé ses craintes. L’organisation estime que cette situation fragilise gravement la séparation des pouvoirs et ouvre la voie à une instrumentalisation de la justice. Dans son message d’adieu, Merlin Rasolonandrasana a tiré la sonnette d’alarme : « L’indépendance de la justice est insuffisamment garantie. » Il dénonce des interventions répétées du pouvoir exécutif dans les dossiers juridictionnels, limitant de fait l’exercice serein des fonctions judiciaires. Plusieurs associations et collectifs citoyens partagent ce diagnostic. Ils appellent les autorités à respecter scrupuleusement les principes constitutionnels et à garantir l’impartialité des institutions républicaines.
Un remplacement sous tension et une transition fragile
La procédure de remplacement des deux conseillers démissionnaires devrait être engagée rapidement. Conformément à la Constitution malgache, les nouvelles nominations devront être validées par les instances compétentes, dans un climat politique déjà tendu. Cette crise judiciaire survient alors que les autorités de transition poursuivent leurs réformes institutionnelles. Mais les tensions entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire menacent la stabilité du processus en cours.
Aristide HAZOUME