Le président russe Vladimir Poutine effectue une visite stratégique de trois jours au Kazakhstan. Coopération énergétique et dossier arménien dominent cette séquence diplomatique dans une région où Moscou cherche à consolider son influence.
Le dirigeant russe est arrivé mercredi au Kazakhstan pour une visite officielle de premier plan. Plusieurs accords économiques et énergétiques doivent être signés entre Moscou et Astana. Le projet phare concerne la construction d’une future centrale nucléaire kazakhe – la première dans le pays depuis la fin des années 1990. Cette visite intervient dans un contexte géopolitique particulièrement sensible pour le Kremlin, qui souhaite verrouiller son influence dans l’espace post-soviétique. La réunion de l’Union économique eurasiatique (UEE) débutera vendredi au Kazakhstan, et le dossier arménien devrait occuper une place centrale dans les discussions.
Membre de l’UEE, l’Arménie se rapproche pourtant progressivement de l’Europe. Erevan a récemment confirmé ses ambitions d’intégration européenne, une évolution que le Kremlin observe avec inquiétude. Moscou refuse en effet un « double rapprochement » : il juge incompatibles certaines orientations européennes et eurasiatiques, et entend préserver son influence stratégique dans le Caucase.
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian ne participera pas personnellement au sommet d’Astana : il a choisi d’y envoyer son adjoint. Cette décision alimente les tensions entre Moscou et Erevan, déjà fragilisées par la guerre du Karabakh. En 2023, l’Azerbaïdjan a repris le contrôle total de ce territoire disputé, et l’Arménie reproche depuis à la Russie son inaction militaire. Erevan a en outre suspendu sa participation à l’alliance sécuritaire régionale dirigée par Moscou (OTSC) et poursuit désormais son ouverture vers l’Union européenne.
Malgré les tensions, l’Arménie reste économiquement dépendante de la Russie, son principal partenaire énergétique et commercial. Une base militaire russe est également déployée sur son sol. Le Kremlin veut donc éviter un éloignement stratégique durable d’Erevan. Au Kazakhstan, Moscou cherche parallèlement à renforcer ses partenariats régionaux. Les échanges énergétiques et industriels sont prioritaires pour les deux capitales. Astana conserve une position diplomatique prudente entre grandes puissances Moscou, Pékin et les pays occidentaux mais cette visite confirme l’importance géopolitique croissante de l’Asie centrale pour la Russie, qui tente d’y maintenir son influence historique.
Aristide HAZOUME
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