La justice tunisienne a condamné l’ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), Sihem Bensedrine, à une peine de vingt-cinq ans de prison. Ce verdict, rendu dans deux dossiers sensibles liés aux travaux de l’instance de justice transitionnelle et au contentieux de la Banque franco-tunisienne, est rejeté par la militante, qui y voit une décision avant tout politique.
La chambre criminelle spécialisée du tribunal tunisien a rendu son verdict jeudi soir. Les poursuites, qui visent à la fois les activités de l’Instance Vérité et Dignité et le dossier épineux de la Banque franco-tunisienne, reprochent à Sihem Bensedrine de multiples infractions : irrégularités dans les procédures d’arbitrage, falsification du rapport final de l’instance et, selon les sources judiciaires, manquements dans la gestion des fonds alloués à la transition démocratique.
Selon son avocat, ces chefs d’accusation cumulés expliquent la sévérité de la peine prononcée. Le tribunal n’a pas épargné les autres prévenus : plusieurs anciens responsables ayant comparu dans cette même affaire ont également écopé de peines de prison ferme, assorties d’importantes amendes. L’État tunisien s’est en outre vu octroyer le remboursement de sommes conséquentes par les condamnés.
Sihem Bensedrine rejette catégoriquement l’ensemble des accusations retenues contre elle. Pour l’ex-présidente de l’IVD, cette condamnation ne relève pas de la justice, mais d’une manœuvre délibérée du pouvoir visant à discréditer l’héritage de l’instance qu’elle a dirigée. Créée après la révolution de 2011, l’Instance Vérité et Dignité avait pour mission d’enquêter sur les violations des droits humains commises sous les régimes de Habib Bourguiba et de Zine El Abidine Ben Ali. Son rapport final, publié en 2019, préconisait des réformes institutionnelles et judiciaires profondes, dont certaines restent aujourd’hui lettre morte.
Depuis plusieurs années, l’ancienne journaliste et militante des droits humains est la cible de multiples procédures judiciaires, une situation qui suscite l’inquiétude des organisations internationales de défense des libertés. Ce verdict intervient dans un climat politique tunisien particulièrement tendu, relançant le débat sensible sur l’avenir de la justice transitionnelle, six ans après la fin des travaux de l’IVD. À ce stade, aucune réaction officielle n’a été enregistrée du côté de la présidence tunisienne. La défense de Sihem Bensedrine étudie déjà les voies de recours possibles.
Aristide HAZOUME
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