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Le Sénat congolais a franchi un pas décisif en adoptant le projet de loi autorisant un référendum sur une nouvelle Constitution. Dans la foulée de l’Assemblée nationale, la chambre haute ouvre la voie à une révision que l’opposition dénonce comme une manœuvre pour permettre à Félix Tshisekedi de se représenter en 2028. Alors que le pays est déjà fragilisé par des crises sécuritaires et sanitaires, ce texte ravive les tensions politiques et fracture un peu plus la classe dirigeante.

Une adoption controversée au Parlement

Le projet de loi, déjà validé par l’Assemblée nationale, a reçu le feu vert du Sénat ce lundi. Le texte, qui pourrait déboucher sur un référendum populaire, prévoit notamment que les mandats déjà effectués par le président Félix Tshisekedi ne soient pas comptabilisés dans le nouveau régime, ouvrant ainsi la possibilité d’une candidature en 2028. Mais c’est précisément ce point qui cristallise la colère de l’opposition, qui dénonce une tentative de “confiscation du pouvoir”. Selon elle, la Constitution actuelle est en train d’être contournée par une révision taillée sur mesure pour le chef de l’État. Les débats parlementaires se sont d’ailleurs déroulés sans les élus de l’opposition, qui avaient quitté les discussions plusieurs semaines auparavant, rendant l’adoption unilatérale et contestée.

Le président du Sénat, défenseur du texte, assure pour sa part que la réforme respecte la souveraineté populaire et vise à renforcer les institutions. Le pouvoir affirme vouloir moderniser le cadre constitutionnel pour répondre aux défis contemporains de la RDC. En attendant, Félix Tshisekedi attend désormais de pouvoir promulguer officiellement la loi, un geste qui pourrait précipiter la crise politique.

L’opposition mobilisée, la rue en alerte

La contestation ne s’est pas fait attendre. La Coalition Article 64, qui regroupe plusieurs formations politiques et organisations citoyennes, appelle à une marche nationale le 8 juillet prochain, ciblant le Palais présidentiel à Kinshasa. Des figures de l’opposition comme Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga se sont jointes au mouvement, accusant le président de violer l’esprit et la lettre de la Constitution.

Les précédentes manifestations, ponctuées d’incidents violents et de blessés, laissent craindre une escalade dans la capitale. Les organisations de défense des droits civiques observent avec inquiétude la montée des tensions dans les rues de Kinshasa, tandis que les appels internationaux se multiplient pour exiger le respect strict des règles constitutionnelles.

Un contexte sécuritaire et sanitaire toujours explosif

La crise politique intervient dans un climat déjà lourd de menaces multiples. À l’est du pays, les violences armées ne faiblissent pas. Le groupe rebelle M23 continue de faire parler de lui dans les zones frontalières, opposé aux forces armées congolaises dans des combats réguliers qui déstabilisent toute la région des Grands Lacs.

Parallèlement, l’épidémie d’Ebola persiste dans plusieurs provinces, ajoutant une urgence sanitaire à l’équation politique. Le gouvernement évoque d’ailleurs l’impossibilité d’organiser des élections en 2028 dans un contexte aussi fragile, un argument que l’opposition rejette comme un prétexte pour prolonger le pouvoir en place.

Un avenir politique incertain

Alors que des discussions diplomatiques sont en cours avec plusieurs acteurs régionaux pour tenter d’apaiser les tensions, la coalition d’opposition se structure progressivement autour de revendications communes. La question du calendrier électoral, initialement prévu pour 2028, reste entière et pourrait encore évoluer en fonction de l’issue des prochaines mobilisations. Une chose est sûre : la décision du Sénat et la probable promulgation du président Tshisekedi placent la RDC à un tournant critique de son histoire démocratique. Entre réforme institutionnelle et risque d’autoritarisme, le peuple congolais retient son souffle.

Aristide HAZOUME 

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