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À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a plaidé pour un débat national apaisé sur l’avenir institutionnel du pays. Tout en rejetant fermement la violence, il a défendu la légitimité d’une réflexion sur la Constitution, suscitant une vive opposition. Celle-ci dénonce un projet caché de révision visant à autoriser un troisième mandat présidentiel, et conteste l’interdiction des rassemblements publics décrétée dans plusieurs provinces.

Un débat constitutionnel sous haute tension

Dans son allocution à la Nation, prononcée dans la nuit du 29 au 30 juin, le président Félix Tshisekedi a martelé sa conviction : aucune question touchant à l’intérêt national ne doit être soustraite au débat démocratique. Sans évoquer explicitement un changement de la Loi fondamentale, il a estimé que la Constitution ne saurait être figée ni utilisée comme un “instrument politique” au service de querelles partisanes. « Toute évolution institutionnelle doit se faire dans le respect des règles démocratiques et de la souveraineté populaire », a-t-il déclaré, tout en appelant les forces politiques à privilégier le dialogue, la responsabilité et l’intérêt supérieur de la Nation.

Ces propos interviennent dans un climat déjà électrique, marqué par l’adoption, mi-juin, d’une loi encadrant la tenue d’un éventuel référendum constitutionnel. Si le pouvoir assure vouloir simplement “moderniser” le cadre juridique, l’opposition y voit une manœuvre pour préparer les esprits à une prolongation du mandat présidentiel, actuellement limité à deux quinquennats.

L’opposition dénonce un coup de force institutionnel

Les critiques se sont immédiatement durcies. Plusieurs formations politiques, dont la coalition Lamuka, estiment que le chef de l’État cherche à imposer une révision taillée sur mesure. « Ce débat est un leurre. L’objectif réel est d’ouvrir la voie à un troisième mandat, en contournant le verdict des urnes », a réagi un responsable de l’opposition, sous couvert d’anonymat.

Félix Tshisekedi a pourtant tenté de désamorcer les craintes, en condamnant avec force toute tentative de déstabilisation. « Les armes, la haine et la désinformation ne remplaceront jamais le débat politique », a-t-il lancé, appelant les Congolais à préserver l’unité nationale face aux défis sécuritaires qui fragilisent l’est du pays.

Interdiction des manifestations : un prétexte sanitaire ?

La tension est montée d’un cran avec la décision du gouvernement de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, tous les rassemblements de masse à Kinshasa, dans la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé. Officiellement, cette mesure est justifiée par la lutte contre la résurgence de l’épidémie d’Ebola. Une instruction signée par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a été adressée aux autorités provinciales.

Mais l’opposition dénonce une instrumentalisation de la santé publique. Elle y voit une tentative délibérée d’étouffer la manifestation prévue le 8 juillet contre le projet de référendum. « C’est un abus de pouvoir, une entrave aux libertés fondamentales », a dénoncé un porte-parole de Lamuka, qui maintient son appel à la mobilisation citoyenne, quitte à défier l’interdiction.

Alors que la RDC traverse une période charnière, entre fragilité sécuritaire à l’Est et fièvre politique à l’Ouest, le discours présidentiel n’a pas apaisé les esprits. Si Félix Tshisekedi prône la raison et l’apaisement, ses adversaires y voient une main tendue pour mieux verrouiller l’avenir. Les prochains jours diront si le débat constitutionnel restera un échange d’idées ou s’il se transformera en affrontement frontal.

Aristide HAZOUME 

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