Le président de la FIFA, Gianni Infantino, projette de céder des parts du Mondial à des investisseurs privés, dont la famille Kushner, liée à Donald Trump. L’UEFA dénonce une « ligne rouge » franchie et appelle à la résistance.
Un projet à 20 milliards de dollars qui inquiète l’UEFA
Le projet, baptisé « FIFA Forward Enterprise » (FFE), est évalué à 20 milliards de dollars. Il prévoit la création d’une filiale commerciale pour gérer les tournois de la FIFA, y compris les Coupes du monde masculine et féminine. Ce plan inclut des investisseurs comme Thrive Eternal, fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre du président américain. La FIFA promet 20 millions de dollars à chacune de ses 211 fédérations membres pour financer des projets locaux. Cette manne financière cacherait pourtant des risques majeurs.
D’abord, la FIFA pourrait perdre le contrôle de son bien le plus précieux. L’UEFA a réagi vivement : « Ce n’est pas à la FIFA de vendre le football ». L’instance européenne craint une privatisation de l’âme du jeu et une dérive commerciale irréversible. Les supporters, déjà mobilisés contre la Super Ligue en 2021, pourraient devoir reprendre la lutte. Ensuite, ce projet s’inscrit dans une « américanisation » contestée du football. La récente Coupe du monde a vu des pauses d’hydratation commerciales et une prolongation de la mi-temps de la finale pour un show inspiré du Super Bowl. L’ingérence politique de Donald Trump dans la suspension du joueur américain Folarin Balogun a également suscité une vive polémique.
Le football en danger face à la course au profit
Les critiques contre Gianni Infantino étaient souvent accueillies avec ironie. Mais cette nouvelle offensive constitue un véritable point de rupture. Le président de la FIFA pourrait percevoir plus de 60 millions de dollars par an comme commissaire de la future société. Une rémunération qui interroge sur ses véritables motivations. Les amoureux du football ne peuvent plus compter sur la seule Fédération norvégienne pour s’opposer à cette dérive. Il est temps de se tourner vers les fédérations nationales pour exiger la transparence. Le football a survécu à toutes les controverses grâce à sa beauté et à son authenticité.
Pourtant, les pressions s’intensifient pour que les États-Unis accueillent plus régulièrement les grands tournois. Le risque est réel : voir le football devenir un simple produit de divertissement, façonné par les célébrités, les influenceurs et les expériences VIP à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Le jeu lui-même pourrait être remodelé, avec des mi-temps de trente minutes ou la disparition des matchs nuls. L’enjeu dépasse le simple cadre financier. Il s’agit de préserver l’intégrité et la beauté d’un sport universel. Les fédérations doivent choisir leur camp : accepter l’argent facile ou défendre l’âme du football. La réponse déterminera l’avenir de ce sport pour les générations futures.
Aristide HAZOUME