Le Kenya renforce ses contrôles sanitaires aux frontières, ciblant en priorité les chauffeurs routiers qui assurent quotidiennement le flux de marchandises vers l’Ouganda et l’est de la RDC. Objectif : endiguer toute propagation d’Ebola dans la région sans entraver les échanges commerciaux.
Des transporteurs sur le qui-vive
Sur les principaux corridors d’Afrique de l’Est, les chauffeurs kényans ont changé leurs habitudes du jour au lendemain. Dans les gares routières comme aux postes-frontières, les gestes barrières sont devenus la règle : plus de poignées de main, mais des salutations à distance, et une vigilance accrue au moindre contact. « On ne se serre plus la main, mais je continue à rouler, c’est mon métier », confie Stephen Kihima, conducteur expérimenté. Comme beaucoup de ses collègues, il a également banni les restaurants sur la route. Désormais, chaque camionneur emporte ses propres ustensiles de cuisine pour préparer ses repas, limitant ainsi les interactions inutiles dans les zones sensibles.
Des contrôles renforcés aux portes du pays
Face à la résurgence du virus, les autorités sanitaires kényanes ont musclé leur dispositif de surveillance aux principaux points d’entrée. Une mobilisation qui intervient alors que l’épidémie inquiète toute la région, d’autant que les échanges commerciaux entre le Kenya, l’Ouganda et la RDC restent intenses. Les experts le répètent : les routiers sont à la fois les piliers de l’approvisionnement régional et une porte d’entrée potentielle pour le virus. Leur mobilité permanente en fait un maillon clé de la chaîne de transmission, mais aussi une cible privilégiée de la prévention.
Samuel Njenga, spécialiste des maladies infectieuses, insiste sur l’efficacité de la formation : « Un conducteur bien informé se protège mieux et protège les communautés qu’il traverse. » Les sessions de sensibilisation permettent aux transporteurs de reconnaître les symptômes, d’adopter les bons réflexes et de relayer les consignes auprès des populations locales.
Une stratégie régionale pour concilier santé et économie
Nairobi ne travaille pas seul. Les autorités kényanes échangent quotidiennement des données sanitaires avec leurs voisins ougandais et congolais pour harmoniser les actions de prévention transfrontalière. L’enjeu est double : endiguer la propagation d’Ebola tout en maintenant la fluidité des corridors commerciaux, vitaux pour l’économie est-africaine. La réponse repose sur un triptyque vigilance, sensibilisation et coopération régionale – pour éviter qu’une crise sanitaire ne se double d’une crise logistique.
Aristide HAZOUME