Chaque année, des milliers de jeunes Kabyè se soumettent aux Evala, des luttes traditionnelles qui symbolisent le passage à l’âge adulte dans le nord du Togo. Entre rituels ancestraux et reconnaissance internationale, cet événement attire aussi bien les foules que les autorités.
Des rituels ancestraux marquent le début de l’initiation
La cérémonie débute par une série de rites dans la forêt des hauteurs de Lama Feing. Les futurs lutteurs, appelés Evalo, mangent de la viande de chien pour la première fois et dansent avec l’animal jusqu’à son décès . Trois petites scarifications sont ensuite pratiquées près de chaque oreille à l’aide de lames, permettant d’identifier les initiés .
« Le chien est un animal fort, endurant et rusé. En consommant sa viande, l’initié s’approprie ces qualités », explique Samah Achille Bidiwana, chef du canton de Tchitchao . Dans l’arène, chaque lutteur observe son adversaire, souvent d’un autre village, et tente de le faire tomber en saisissant furtivement un bras ou une jambe. Les affrontements sont rudes et les chutes parfois spectaculaires, nécessitant l’intervention d’équipes de secours .
Une pression sociale et un enjeu identitaire majeur
La participation aux Evala n’est pas formellement obligatoire, mais elle est soumise à une forte pression sociale. « On ne force pas un jeune Kabyè à lutter, mais s’il ne lutte pas, surtout s’il est en bonne forme, il fait honte à la société », souligne Tchaa Tidiye, entraîneur des lutteurs du canton de Pya . Selon la tradition, un homme ne peut pas prendre femme avant d’être devenu Evalo . Au-delà de l’affrontement physique, ces combats constituent un mécanisme d’intégration sociale. Avant son initiation, le jeune est considéré comme un « Ehoziè », n’ayant pas encore franchi le seuil de l’âge adulte . Après les Evala, il prend sa place parmi les adultes et acquiert de nouvelles responsabilités au sein de sa communauté.
Une tradition en quête de reconnaissance internationale
Le gouvernement togolais a engagé des démarches pour inscrire les Evala sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO . « Le gouvernement togolais nourrit l’ambition de voir les Evala reconnues à leur juste valeur sur la scène internationale », a déclaré Isaac Tchiakpè, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts . Le président Faure Gnassingbé, lui-même ancien lutteur réputé, assiste chaque année aux combats en langue kabyè . Cette tradition attire déjà des visiteurs togolais et étrangers, séduits par ce spectacle unique. Cependant, l’ouverture au tourisme intervient dans un contexte sécuritaire fragile, les violences jihadistes dans le Sahel voisin menaçant la région .
Aristide HAZOUME