Le président Emmerson Mnangagwa a promulgué une réforme constitutionnelle controversée qui repousse son mandat jusqu’en 2030. Adoptée par le Parlement, cette révision suscite une vive levée de boucliers de l’opposition, de juristes et d’une partie de la société civile, qui y voient un recul démocratique majeur.
Une décision qui attise les tensions politiques
Le Zimbabwe amorce un tournant institutionnel. Le président Emmerson Mnangagwa a signé la réforme constitutionnelle votée par le Parlement. Celle-ci prolonge son mandat de deux ans, reportant son départ à 2030. Le texte allonge également les mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans. Il prévoit surtout que les futurs chefs de l’État soient désormais élus par le Parlement, supprimant de fait le suffrage universel direct.
Cette révision provoque des réactions profondément divisées. Dans les rues de Harare, certains saluent une mesure de stabilité. D’autres dénoncent un détournement des priorités nationales, alors que le chômage, la pauvreté et la crise des services publics restent criants. Allen Isam, habitant de la capitale, dénonce une réforme taillée sur mesure pour les intérêts du pouvoir. Il regrette l’absence de réponse aux difficultés économiques quotidiennes. À l’inverse, Ernest Karo défend la continuité de la direction actuelle, estimant qu’elle garantit la stabilité du pays.
L’opposition engage une double bataille judiciaire et politique
Les principaux partis d’opposition rejettent en bloc la réforme. Ils dénoncent une violation flagrante de la Constitution. Ils préparent des recours devant les juridictions nationales. Ils n’excluent pas non plus de saisir des instances internationales. L’avocat spécialisé en droits humains Doug Coltart affirme que la promulgation du texte n’épuise pas le débat juridique. Selon lui, plusieurs dispositions peuvent être contestées, notamment pour vice de procédure. Il souligne que l’amendement n’a pas respecté les formes requises par la loi fondamentale.
Des organisations de la société civile partagent ces inquiétudes. Elles estiment qu’une révision d’une telle ampleur exigeait une consultation populaire préalable. Elles jugent le processus opaque et antidémocratique. Cette réforme constitue un basculement historique pour le Zimbabwe. Elle exacerbe les tensions entre l’exécutif et l’opposition. Elle ouvre aussi une nouvelle séquence judiciaire, dont l’issue déterminera la validité des amendements contestés.
Aristide HAZOUME