Disparu en mer en 2020, le fils d’Aminata Boye a changé sa vie. À Mbour, elle aide désormais plus de cent familles de migrants. Son collectif soutient les proches et cherche les disparus.
Le drame personnel d’Aminata Boye est devenu un engagement collectif. En 2020, deux de ses fils prennent la mer. Le cadet, 14 ans, rejoint l’Espagne. L’aîné, Waly, 19 ans, disparaît au large de la Mauritanie. Sa pirogue avait signalé une difficulté. Depuis, plus de trace. Cette mère de famille fonde alors le COVES. Ce collectif aide les proches à rechercher leurs disparus. Il travaille avec le Comité international de la Croix-Rouge. Les familles confient photos et informations pour retracer un parcours.
L’association ne se limite pas aux recherches. Elle offre une aide matérielle et organise des collectes. Des ateliers de couture permettent aussi aux femmes de gagner un revenu. « Ils ne partent pas pour mourir », explique Aminata Boye. Elle refuse de condamner les jeunes. Elle dénonce les restrictions migratoires et leur danger.
Mbour, ville meurtrie par l’exil
À Mbour, le drame est palpable. Le quartier de Tefees surplombe un point de départ surnommé « l’Aéroport ». Selon des témoins, un foyer sur trois a perdu un proche en mer. Anna Diop incarne cette tragédie. En 2024, elle perd deux fils de 17 et 15 ans. Leur pirogue est retrouvée à la dérive. 34 passagers étaient décédés. Elle a aussi perdu deux frères et deux neveux dans ce naufrage.
Un devoir de mémoire et d’action
Ndeye Ndiaye a sombré après la mort de sa fille Awa. Le naufrage a eu lieu au Maroc en 2024. Elle doit sa reconstruction à Aminata Boye. Le collectif l’a épaulée dans son deuil. Face aux départs qui continuent, Aminata Boye reste en première ligne. Elle appelle l’État à offrir des perspectives aux jeunes. Son combat est triple : retrouver les disparus, soutenir les familles, et alerter sur les dangers de la route clandestine.
Aristide HAZOUME