L’arrestation de l’avocat et opposant Erias Lukwago a plongé l’Ouganda dans une nouvelle crise politique. Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président et commandant de l’armée, a non seulement revendiqué l’opération sur les réseaux sociaux, mais a aussi proféré des menaces personnelles à l’encontre du détenu, suscitant une vague d’indignation au sein de l’opposition et des défenseurs des droits humains.
Muhoozi Kainerugaba assume et menace ouvertement l’opposant
Le chef des forces de défense ougandaises, le général Muhoozi Kainerugaba, a annoncé lundi l’interpellation d’Erias Lukwago, avocat de renom et figure historique de la contestation. Dans une série de publications sur le réseau social X (anciennement Twitter), le général a assumé son rôle dans l’opération, allant jusqu’à promettre de faire subir à Lukwago « souffrances et douleur ». Il a également diffusé une photographie de l’opposant en détention, sans préciser le lieu exact, évoquant toutefois un « sous-sol ».
Dans un autre message, le général a qualifié Lukwago d’« imbécile », une attaque personnelle qui a immédiatement fait réagir les cercles politiques. Selon des sources proches du Front populaire pour la liberté (FFF), l’opposant s’apprêtait à engager des poursuites judiciaires contre Kainerugaba dans le cadre de l’affaire opposant l’État à l’ancien candidat présidentiel Kizza Besigye. L’entourage de Lukwago affirme que des militaires en tenue l’ont appréhendé à son domicile, sans mandat ni explication officielle, dans des conditions jugées arbitraires.
Une arrestation qui s’inscrit dans une répression systématique
Erias Lukwago est le conseil principal de Kizza Besigye, détenu depuis son enlèvement controversé au Kenya en novembre 2024. La famille de Besigye dénonce régulièrement des conditions de détention dégradantes et un déni de justice. L’arrestation de son avocat intervient alors que la pression judiciaire et sécuritaire s’intensifie contre les voix critiques du régime. L’épouse de Lukwago a fermement condamné l’opération, affirmant que son mari n’a commis aucun délit. La militante des droits humains Agather Atuhaire a dénoncé une « culture d’impunité » au sein des institutions, tandis que plusieurs organisations de la société civile pointent une stratégie délibérée d’intimidation visant à réduire au silence les opposants.
L’opposition unie contre les méthodes du pouvoir
L’arrestation a provoqué une condamnation unanime des partis d’opposition. Bobi Wine, leader du parti National Unity Platform (NUP), a dénoncé un « enlèvement violent et arbitraire », rappelant que de nombreux militants et figures politiques sont actuellement détenus sans procès. Cette affaire relance les tensions politiques dans un pays déjà fragilisé par une contestation croissante du régime de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. Le général Muhoozi Kainerugaba, souvent décrit comme le successeur pressenti de son père, est habitué aux déclarations polémiques, ayant déjà revendiqué l’arrestation d’autres opposants par le passé. Sa mainmise sur l’appareil sécuritaire inquiète autant l’opposition que les observateurs internationaux. L’affaire Lukwago pourrait devenir un nouveau symbole de la dérive autoritaire ougandaise, à quelques mois d’une élection présidentielle attendue dans un climat de fortes tensions.
Aristide HAZOUME