En Mauritanie, des réfugiés maliens témoignent de violences extrêmes qu’ils attribuent aux forces armées maliennes et aux combattants russes d’Africa Corps (ex-Wagner). Tortures, exécutions sommaires et déplacements forcés alimentent une crise humanitaire croissante dans la région frontalière du Hodh Chargui.
Des réfugiés traumatisés par les violences au Mali
Dans les camps de réfugiés en Mauritanie, les récits recueillis par les humanitaires sont d’une rare violence. Plusieurs exilés maliens évoquent des exécutions, des actes de torture et des disparitions forcées. Chérifa, réfugiée malienne âgée d’une soixantaine d’années, raconte la mort brutale de son fils. Selon elle, des soldats maliens et des combattants russes l’ont décapité près de la frontière mauritanienne. La sexagénaire affirme que plusieurs commerçants voyageaient avec son fils ; les assaillants auraient ensuite incendié leurs marchandises. Les habitants de la zone craignaient alors une embuscade.
D’autres réfugiés décrivent des scènes similaires dans plusieurs régions du Mali. Les communautés peules et touarègues expliquent être particulièrement ciblées, souvent accusées de soutenir des groupes djihadistes. Depuis 2020, la junte malienne collabore étroitement avec des combattants russes. Le groupe Wagner a progressivement cédé la place à Africa Corps, une entité soutenue par Moscou. Selon les données d’ACLED relayées par l’AFP, plus de 8 500 personnes sont mortes depuis 2020, dont environ la moitié seraient des civils.
Une crise humanitaire alarmante en Mauritanie
La Mauritanie accueille désormais près de 300 000 réfugiés et demandeurs d’asile. Une très large majorité d’entre eux vient du Mali voisin. Dans la région du Hodh Chargui, les structures humanitaires sont complètement débordées. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) prennent en charge des victimes profondément traumatisées. L’ONG signale des cas de violences sexuelles et de torture sévère. Certains réfugiés affirment avoir été enterrés vivants durant leur détention.
Face à l’ampleur des exactions présumées, plusieurs organisations réclament aujourd’hui des enquêtes internationales indépendantes, ainsi que des poursuites contre les responsables. Depuis 2012, le Mali reste confronté aux attaques djihadistes et séparatistes. Ces violences continuent d’alimenter un exode massif vers les pays voisins, transformant la crise sécuritaire en catastrophe humanitaire régionale.
Aristide HAZOUME